Partenariat international
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3 May 2013
Jean-Louis Roy écrit aux députés français

Monsieur le Député,

Nous vous avons récemment adressé un courrier pour vous présenter l’appel « Langue française et monde multipolaire, l’urgence d’une stratégie. » Cet appel rassemble déjà plus de 1300 signataires de toutes les régions du monde, de l’espace francophone international mais aussi d’autres espaces linguistiques et culturels.

Nous nous adressons aujourd’hui à vous à propos du projet de loi sur l’enseignement supérieur et la recherche, projet examiné en Conseil des ministres du gouvernement français le 20 mars dernier.

Ce projet de loi met à mal l’obligation légale faite à l’Université et aux grandes Écoles françaises d’assurer leur enseignement en français. En effet, il introduit un nombre si considérable d’exceptions que les établissements d’enseignement supérieur pourraient, en France, dispenser désormais leurs cours en n’importe quelle langue – c’est-à-dire, tout le monde a compris la manœuvre, en anglais.

Si telle devient la politique officielle de la France, il faudra comprendre que Paris choisit d’investir dans le tout-anglais ; comprendre aussi qu’au plus haut niveau de la République française, on a conclu à la non attractivité de la langue française, notamment pour la jeunesse étudiante du monde.

Nous vous demandons de ne pas concourir à un tel renoncement, mais au contraire d’y résister.

Le monde qui émerge est multipolaire, y compris linguistiquement. La France a mené la bataille mondiale pour la diversité culturelle. Elle y a rallié la communauté internationale, à de rares exceptions près. La France ne peut, ne doit pas prendre ses distances avec la multipolarité du monde, cette évolution si longuement attendue, et qui devient réalité. Au contraire, elle doit y concourir par une forte affirmation de sa langue et être à l’avant-garde de l’enseignement de l’allemand et du russe et des grandes langues émergentes, l’arabe, le chinois, l’espagnol et le portugais, qui représentent trois milliard de locuteurs à travers le monde.

Nous croyons totalement fallacieux le raisonnement voulant que l’offre de l’Université française soit plus attractive pour la jeunesse étudiante du monde, si elle est proposée dans la langue anglaise. Qui peut sérieusement prétendre qu’un jeune Asiatique, Latino-américain, Africain non francophone ou Européen également non francophone viendrait étudier en France parce que l’enseignement universitaire y serait dispensé dans une langue autre que le français ?

Nous attendons de la France qu’elle soit fidèle à elle-même et à sa langue, notamment dans ce lieu essentiel pour son identité et son rayonnement dans le monde, l’Université. Nous attendons d’elle qu’elle contribue à l’affirmation et à la construction de la diversité du monde, où l’espace francophone joue un rôle pionnier. Nous croyons aussi qu’elle a une obligation d’exemplarité comme membre éminent de la communauté francophone internationale et un devoir de fidélité pour tous ceux qui, sous toutes les latitudes, ont choisi la langue française et les cultures qu’elle porte.

Nous vous demandons de ne pas nuire à l’avenir de la langue française que de nombreux peuples ont en partage. Nous attendons de la représentation nationale de la France qu’elle mette en œuvre une vigoureuse politique d’affirmation linguistique dans le nouveau monde qui émerge, en suivi des orientations adoptées lors du Sommet de la francophonie à Kinshasa.

Nous vous prions de recevoir, Monsieur le Député, l’assurance de notre considération distinguée.

Dominique Gallet / Jean-Louis Roy

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