Partenariat international
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10 March 2016
L’Avantage francophone: Quel avantage?

 

Constituée de communautés disparates réparties à travers le monde, la Francophonie doit se poser en permanence la question de la stratégie à suivre, tant les changements du monde sont massifs, accélérés et inter reliés.

Depuis la seconde guerre mondiale et depuis l’implosion de l’Union soviétique, les puissances, celles qui furent et celles qui adviennent, les États-Unis en liens avec certains pays anglophones; la Chine et l’Inde en lien  avec leurs vastes diasporas; la Russie, avec les minorités russes des pays de l’ancienne union soviétique, L’Europe avec elle-même n’ont eu de cesse d’arrêter de vastes opérations visant à conforter leur force d’attraction et leur rayonnement et, finalement, leur influence, y compris culturelle. Dans la phase actuelle de la mondialisation marquée par le basculement de la richesse de l’Ouest vers l’Est de la planète et par le déploiement universel de l’ère numérique, ce positionnement est aujourd’hui aussi le fait de puissances montantes dont notamment la Corée, la Turquie, le Brésil, le Mexique, l’Indonésie.

S’il y a un toujours un avantage anglophone dans le monde, il y a désormais un avantage chinois qui vient de connaitre deux décennies exceptionnelles et qui dominera demain la Toile avec un milliard d’internautes; un avantage indien aussi  pour la même raison dans ce pays qui abandonne peu à peu la langue anglaise  et qui comptera, au milieu du siècle, 1,7 milliard de personnes dont plus d’un milliard pourrait parler la langue principale du pays; un  avantage russe, un avantage hispanophone. Il pourrait demain y avoir un avantage arabophone. IL y avait encore récemment un avantage européen aujourd’hui difficile  à discerner.

Dans ce nouvel aménagement global, quel est donc l’avantage francophone? Quels sont donc, les bénéfices que les pays et gouvernements membres de la francophonie dans les relations qu’ils entretiennent  entre eux doivent conforter ou initier – bénéfices réels et mesurables, matériels ou immatériels, immédiats ou de longue durée?

La stratégie pour l’avenir de la francophonie doit pouvoir identifier ces domaines.

Buts et stratégies.

A  trois reprises depuis sa création, la francophonie a clarifier ses buts et stratégies; à l’origine, en 1970, il s’agissait d’arrêter une coopération culturelle et technique entre les 18 ou 20 états et gouvernements membres; vingt années plus tard, il s’agissait de conforter la dimension politique d’une communauté qui comptait alors près de 50 membres et, plus récemment, de faire sa place à  la francophonie économique.

Ces étapes correspondent à trois moments de l’histoire : fin de l’ère coloniale;  fin de la guerre froide et fin de la domination de la zone atlantique sur l’économie mondiale et entrée dans l’ère numérique.  Au plan géopolitique, ces choix apparaissent incontestables bien que  tardifs dans les trois cas.

Du premier ce ces choix, est née une coopération certes modeste mais  enrichie par les décisions des sommets, après 1986; une coopération qui a produit des effets d’importance, une culture de la concertation entre les pays et gouvernements membres concernant les enjeux économiques, politiques et de coopération;  la reconnaissance d’opérateurs existants telle l’Agence universitaire de la Francophonie et la création de nouveaux opérateurs telle TV5 et des initiatives d’importance tels la création des Jeux de la Francophonie, de l’Institut du développement durable ou du  Marché des Arts du spectacle africain, parmi d’autres.

Du second de ces choix est née une coopération politique  qui a été d’une fécondité certaine et notamment dans son appui aux regroupements politiques et aux éléments de la société civile africaine désireux d’implanter sur la moitié d’un continent, 25 pays et 200 millions de personnes le pluralisme politique, l’état de droit comprenant la protection des droits de la personne, la reconnaissance de la société civile et de média indépendants.

Conjuguée à d’autres coopérations multilatérales ( Nations Unies, l’Union européenne et Union africaine), La coopération francophone a apporté un appui significatif  aux Africains désireux de joindre le grand mouvement visant la démocratisation du monde. Plus de 3 milliards de personnes ont choisi leurs dirigeants ces trois dernières années, dont 350 millions en Afrique ou se dérouleront, cette année, seize scrutins nationaux. En mettant fin à 120 années de gouvernance militaire, les burkinabés ont été les tous derniers à joindre ce mouvement.

Si les formes politiques de la démocratie n’ont pas réussies à s’imposer universellement, jamais le nombre de ceux qui partagent la conviction qu’ils sont maitres de leur destin n’a été aussi élevé. Cette conviction a pénétré les esprits dans le monde entier et, avec elle, l’idée de la démocratie et le désir de sa mise en œuvre. Il reste aux Africains, comme l’ont fait les européens, les américains du Nord et du Sud, les Indiens et autres asiatiques  à rendre compatible ce choix avec la spécificité des problématiques ethnico-politiques qui est au cœur de leur histoire.

Cette première phase est terminée. Quelles finalités et quelle stratégie pour la seconde phase?

Sans doute, la consolidation des systèmes judiciaires dont la précarité demeure troublante afin de répondre à la demande de justice qui est forte partout; une jonction plus serrée entre droits civils et politiques et droits sociaux et économiques tant le partage de la richesse produite pose problème en Afrique comme ailleurs ; une vraie transparence dans la mise en œuvre de la responsabilité sociale des investisseurs privés ou publics, responsabilité  relative au respect des droits de la personne et au développement durable sur un continent qui est appelé vraisemblablement à accueillir de fort niveau d’investissement dans les prochaines décennies. Ce chantier concerne tous les pays de la Francophonie, ceux de l’ancien Nord et ceux de l’ancien Sud.

Enfin, le choix de la francophonie économique me semble assez mou, pour utiliser un terme néo-diplomatique. Il est venu tardivement,  mis un long temps (trois sommets) à arrêter sa forme imprécise et a été acté au Sommet de Dakar dans des formules plutôt vagues. Aucune ressource additionnelle n’a été dégagée, aucun opérateur n’a été identifié pour sa mise en œuvre et aucune conférence ministérielle spécialisée identifiées pour sa direction.

Mais nous savons ce qui est en cause. L’Afrique a besoin urgemment d’investissements et de transfert de technologie pour développer son agriculture et l’agroalimentaire, aussi pour multiplier par 3 ou 4  le volume de ses ressources énergétiques. Elle a besoin  d’infrastructures matérielles et immatérielles et de connexion  aux chaines de production industrielle régionale ou mondiale. Elle a besoin de capitaux de risque pour la création d’entreprises, de voies et moyens pour enrichir sa production et son commerce des ressources du numérique. Les formules traditionnelles de la coopération au développement semblent obsolètes, périmées voir contre- productives.

Les formules utiles, dont les chinois nous ont donné de multiples exemples, doivent permettre de mettre en convergence fonds publics, fonds privés et fonds coopératifs; fonds de développement et fonds d’investissements, fonds nationaux et investissements étrangers dans des entreprises dont les objectifs soient clairement identifiés et qui, dans des cas spécifiques, visent la rentabilité. Le méta portail de ressources de l’AUF entre, à mon appréciation, dans ce schéma d’avenir.

Pour son action bilatérale, la France vient d’annoncer la mise en convergence des ressources qu’elle consacre à l’aide publique au développement et celles, considérables,  de  sa Caisse de Dépôt. Cette formule est-elle susceptible d’être retenue par d’autres pays membres de l’OIF, le Canada et le Québec, par exemple? L’ACDI ou ce qui la remplace et le Régime de pensions du Canada et les ressources d’Export Développement Canada, le fonds de coopération du MRI et la Caisse de dépôt.

Pourrait-on imaginer que les pays francophones réservent et mutualisent une partie de ces ressources pour les investir conjointement dans le développement de leurs partenaires du Sud qui appartiennent à la catégorie des pays les plus pauvres du monde et au club des 24 pays africains dont le PIB annuel est inférieur à 1000$.

Cette voie donnerait à la francophonie une masse critique qui lui manque aujourd’hui, des leviers qui lui font défaut en ce temps ou l’investissement et non l’aide publique porte le développement, la croissance, la création d’emploi. C’est le volume d’investissements qui déterminera si, un jour, la francophonie économique épouse les contours d’un marché.

Pour l’instant et dans l’attente de propositions spécifiques, on doit souhaiter avec insistance que les états et gouvernements de l’OIF apportent un appui décisif au plan stratégique de développement humain et économique durable de l’OIF ainsi qu’à son programme structurant d’incubateurs et d’accélérateurs de TPE et de PME.

Des finalités incontournables.

Au-delà  d’un langage un peu cymbale qui transforme des statistiques en slogan réconfortant, l’avenir de la langue française sur le continent africain est soumis à de redoutables défis.

Permettez-moi de poser trois questions qui me semblent constituer des finalités incontournables de la francophonie aujourd’hui et qui contribueront au rayonnement ou non de la langue française en Afrique et dans le monde  dans la longue durée du siècle.

225 millions de nouveaux étudiants

Selon les données du Bureau de la statistique de l’UNESCO, la moitié des enfants non scolarisés dans le monde se trouvent sur le continent africain et, une majorité d’entre eux, en Afrique dite francophone, 25% d’entre eux d’âge du niveau primaire, 71%, du niveau secondaire.

Comme communauté, nous sommes au tout dernier rang mondial dans la scolarisation de nos enfants qui, par dizaine de millions, ne fréquentent pas et ne fréquenteront pas l’école une seule journée dans leur vie au XX1e siècle. Confrontée à une situation comparable, l’Asie du Sud a fait des gains considérables, ces vingt dernières années, là où nous avons tristement stagnés, pour dire le moins.

Déjà troublantes, ces données deviennent redoutables quand on les situe dans la dynamique démographique africaine, dynamique qui pourrait produire un doublement de la population du continent d’ici 2050.

Dans la même période, la population de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) passera de 310 à 735 millions et les citoyens des pays dits francophones de cette communauté, de 100 millions à 278 millions; celle de l’Afrique centrale (CEEAC) passera de 130 à 300 millions, et les citoyens des pays francophones de cette communauté, de 97 à 260 millions.

Bref, dans les 25 prochaines années, les systèmes scolaires des pays dits francophones d’Afrique de l’Ouest et Centrale, systèmes scolaires déjà totalement débordés, pourraient devoir accueillir de 225 à 250 millions de nouveaux étudiants. La dernière enquête réalisée par l’Observatoire de la langue française rappelait que, selon l’UNESCO, ce sont plus de 2 millions d’enseignants qu’Il faudra trouver pour assurer la scolarisation universelle sur le continent africain.  Colossal, ce défi est d’abord celui des Africains, mais comment ne pas croire qu’ils sont en droit de compter sur l’avantage francophone, si, dans ce domaine, un tel avantage existe?

L’enjeu en cause, l’ampleur du défi, l’urgence aussi appellent une initiative francophone de grande envergure, une initiative sans précédent ou seraient mobilisées toutes les ressources nationales disponibles, publiques et privées,  de tous les pays participant au mouvement francophone et, ou seraient sollicitées, avec une insistance soutenue, les ressources des institutions financières et bancaires nationales, régionales et internationales, celles des fondations, des coopératives et des entreprises et , pourquoi pas, celles de pays non francophones désireux de renforcer l’initiative francophone. L’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation de Dakar, institut voulu par le Sommet de Dakar et inauguré par la Secrétaire générale, en octobre 2015, doit absolument bénéficier de l’avantage francophone pour cette opération visant la scolarisation universelle de tous les enfants de l’espace francophone.

Outre ses missions et fonctions spécifiques qui sont notamment de venir en appui à la production par les Africains et en Afrique de la science et de la technologie dont le continent a besoin, L’Agence Universitaire de la Francophonie trouve, elle aussi, dans l’immense défi de la scolarisation universelle des enfants des pays africains dits francophones, un formidable défi.

Formation des maitres, développement des outils pédagogiques traditionnels ou numériques, pédagogie adaptée et notamment au pluralisme culturel et linguistique de la quasi-totalité  des pays africains et développement du programme IFADEM d’enseignement à distance, les défis ne manquent pas pour cet opérateur essentiel de la communauté francophone.

Pour ce faire, il devra  cesser d’être un quasi opérateur français et redevenir un opérateur multilatéral dans la mesure où le Canada, le Québec et d’autres bailleurs de fonds y compris africains le soutiendront et partageront avec Paris le cout financier qu’impliquent le maintien et le développement de ce réseau qui constitue une richesse inestimable pour notre communauté.

Dans ses diverses déclinaisons, TV5 doit aussi être mise à contribution après avoir mis à niveau son navrant journal quotidien consacré à l’Afrique et qui, jour après jour, célèbre le passif du continent alors qu’on attend la présentation d’un bilan qui fasse place  au passif et à l’actif de ce qui se déploie sur le continent.

Un marché culturel francophone international.

La deuxième question qui est au cœur de l’avenir de la Francophonie concerne la place de la culture dans notre projet commun, plus précisément l’aménagement du marché culturel francophone international.

De multiples initiatives  de qualité visant à arrêter et à développer la coopération culturelle ont été prises par la Francophonie ou conforté par cette dernière depuis un demi-siècle. Force est de constater qu’elles n’ont pas suffi à faire émerger un marché francophone de la culture, de Port-Louis à Port-au Prince, de Dakar à Genève, de Québec à Kinshasa, de Marseille à Ho Chi Ming.

Quel est aujourd’hui l’avantage francophone en matière de  culture?

Il  y a comme trois marchés culturels francophones : le nôtre, le Nord-américain, l’Européen et l’Africain plus des fragments tels le marché antillais et le marché des francophiles dans différentes régions du monde. Il existe certes quelques ponts entre ces marchés, des ponts qu’empruntent entre eux certains créateurs francophones du Nord, qu’empruntent aussi mais beaucoup moins  les créateurs des pays du Sud pour venir colorer les manifestations culturelles du Nord.

Dans la direction inverse, la circulation est quasi inexistante même si les manifestations culturelles  de qualité se multiplient au Maghreb et en Afrique sub-saharienne francophone; même aussi si les évènements du continent indiquent qu’un marché culturel considérable s’y constitue, marché notamment des jeunes branchés par dizaine de millions, consommateurs, en temps réel des productions venues de leur continent et du monde, curieux des fluctuations des stars system indien, américain, africain et occidentaux qu’ils suivent avec grand intérêt; même enfin si les œuvres des créateurs africains s’exportent et trouvent accueil et reconnaissance en Asie, en Amérique, dans les émirats…

Comment, à l’ère du numérique,  réinventer l’avantage culturel francophone en matière de culture? Comment développer des marchés de services, de biens et de productions culturels, comment constituer des banques de produits culturels qui soient inclusives de toutes les créations de la francophonie? Bref comment créer le marché culturel francophone international et fortifier sa double dimension, culturelle et économique?

Le temps presse. La concurrence est au travail avec de vraies propositions et de grands moyens. Serions-nous les seuls à ne pas considérer l’espace francophone africain comme un marché culturel prometteur?

Je crois aussi que ce marché doit inclure une offre d’outils interactifs , jeux, messages, constitution de réseaux, interventions en les situant dans l’espace virtuel global ou s’affirme l’humanité virtuelle. Là, dans cette galaxie de la dématérialisation se construit une conception de la communauté internationale, de ses composantes et de ses valeurs, se déploient des systèmes d’information et se multiplient des réseaux qui sollicitent l’adhésion du plus grand nombre. Il faut chercher à infléchir ce qui s’y pense, dit et acte.

Voilà le vrai espace ou se nourrit politiquement, intellectuellement et culturellement la génération #hashtag qui voit, comprend et juge les évènements du monde à partir de ce petit écran  mobile possédé par près de deux milliards des jeunes du monde.

Comme le prouve l’action du Centre de la francophonie des Amériques, le levier numérique est d’une extraordinaire intensité et efficacité pour rejoindre, dialoguer,  rassembler et fidéliser des communautés, des auditoires et des individus jusque-là distants les uns des autres, étrangers les uns aux autres.

L’indispensable sécurité.  

Enfin, puisqu’il faut choisir, je voudrais évoquer le besoin de sécurité des Africains, de leurs communautés et de leur continent. Rien ne sera possible sur le continent  sans sécurité et, selon le récent rapport de l’Institut de la Conférence des associations de la défense, l’Afrique pourrait être « le prochain centre de gravité pour la violence djihadiste. »

Dans ce domaine aussi, l’avantage francophone doit se manifester, se voir et s’apprécier d’autant que sans se nommer, il se déploie et se laisse voir. Au Sahara, des ressources militaires maliennes, françaises, canadiennes, tchadiennes, sénégalaise, ivoiriennes et burkinabés ont empêché la digue de céder. Il faut s’en féliciter.

Nous observons tous avec grande inquiétude les effets de l’effondrement de «  l’ordre » qui présidait depuis un siècle aux affaires du Proche-Orient. Un effondrement de « l’ordre » si imparfait soit-il qui prévaut au Sud du Sahara aurait des conséquences aussi tragiques que celles, bouleversantes, qui, au Proche-Orient, transforment des populations en troupeau errant sur des terres inhospitalières, mettent à mal tous les acquis de civilisation y compris ceux affirmés depuis la seconde guerre mondiale et qui sont les contenus de toutes les conventions des droits de l’homme et des mécanismes de leur mise en œuvre.

Au moment où le continent cherche les voies et moyens de sa défense et crée de vrais outils africains d’intervention pour la sécurité en mers et notamment dans les eaux du Golfe de Guinée avec un Office de surveillance à Yaoundé, et aussi pour la sécurité de ses territoires à partir d’une  base logistique continentale (Continental logistic base)  située à Douala et de cinq forces régionales en situation de veille permanente, les pays francophones hors du continent doivent mettre à disposition leurs ressources du domaine. Les initiatives des pays du continent visant à assurer la sécurité commune doivent absolument réussir. Tel est leur et notre intérêt. Que la base logistique continentale de Douala puisse tenir sa mission, aussi  l’École supérieure internationale de la guerre du Cameroun, véritable hub de formation pour l‘Afrique et notamment l’Afrique francophone.

Enfin, je terminerai en insistant à nouveau sur le besoin absolu, symboliquement et réellement, d’arrêter les conditions d’une circulation certes maitrisée mais plus fluide entre les pays francophones du Sud vers le Nord, aussi du Sud vers le Sud. D’autres communautés, la lusophone, l’hispano-américaine, l’anglophone ont arrêtés des politiques facilitant le mouvement des personnes entre leurs pays membres. Il n’y a pas de communauté francophone si les francophones ne peuvent circuler dans les pays et régions qui la constituent.

Jean-Louis Roy

Intervention de clôture au colloque international de l’ENAP -Quelle stratégie pour l’avenir de la francophonie?

09 mars 2016.

 

 

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