Montréal, le 4 novembre 2011
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Je dois à l’amitié de certains d’entre vous de prononcer cette conférence d’ouverture même si je suis sans compétence particulière pour apprécier la prose, la chronique, le genre mémorial, la lexicographie et autres dimensions, formes et fonds, de l’œuvre de René Lévesque, journaliste, chroniqueur, ministre, chef de parti et 23e premier ministre du Québec. Cette œuvre qui s’étend sur près d’un demi-siècle emprunte tous les modes disponibles de la communication comme le montre le programme de notre colloque. Cette œuvre fut un dialogue permanent avec les Québécois, d’abord pour comprendre le monde et ensuite pour le changer. ![]() |
Je suis venu vous entendre bien davantage que vous parler, et pour une raison simple. En effet, je suis le seul parmi tous les intervenants de ce colloque à qui on a omis de préciser le sujet de son intervention. Chacun et chacune d’entre vous, y compris le directeur du Devoir dont l’indépendance est historique, savent exactement ce qu’on attend d’eux et doivent s’y tenir. Même Gratia O’Leary s’est fait imposer un thème, les relations avec les journalistes! Incroyable, non? On se demande pourquoi! Dans mon cas, notre ami Alexandre Stefanescu a intitulé ma prise de parole: Conférence d’ouverture ! Sans plus !
J’ai immédiatement consulté le grand Larousse espérant trouver dans la définition des termes le sujet de mon intervention, mais en vain! L’ouverture y est définie comme un espace vide qui permet le passage entre l’extérieur et l’intérieur... un peu vague d’autant que les usages du mot ne sont pas d’un grand secours. En optique, le terme est utilisé pour signifier la surface utile des miroirs et, en agroalimentaire, pour signifier la cavité dans la pâte de fromage par suite de fermentations gazeuses au cours de l’affinage! Je me suis dit que ces sujets-là seraient abordés par le Commissaire aux langues officielles, mon ami Graham Fraser et que je ne devais pas comme on dit à Ottawa « steal his thunder », en traduction française, toujours à Ottawa, « lui voler ses orages ». Bref, un esprit moins indépendant que le mien verrait dans ma situation un complot... une façon subtile d’identifier possiblement le supposé libéral dans la place, moi qui ai recommandé en avril1981 de voter contre Claude Ryan et pour René Lévesque et, en 1985 contre Pierre-Marc Johnson et pour Robert Bourassa. Mon cher Alexandre, ce flou me laisse cependant une liberté que René Lévesque aurait sans doute appréciée, et je t’en remercie.
Quelques souvenirs
Plusieurs parmi vous ont été des intimes de René Lévesque. Tel ne fut pas mon cas. Certes mes enfants et les enfants Côté étaient des amis très proches et, dans ce contexte, les familles se retrouvaient à l’occasion des anniversaires ou des fêtes scolaires. Corinne Côté-Lévesque y venait régulièrement, et parfois accompagnée. La surprise était grande et heureuse pour nous tous y compris le restaurateur chinois de la rue Victoria à Saint-Lambert qui voyait débarquer chez lui le premier ministre du Québec.
Nous nous connaissions autrement. Président de la Ligue des droits de l’homme oå militaient Jacques-Yvan Morin, Monique Rochon, Stella Guy, Simone Chartrand, Léo Cormier, Lisette Gervais, Pierre Meunier, le juge Sauvé et bien d’autres, j’ai alors rencontré avec Maurice Champagne toute la classe politique, y compris René Lévesque. La Ligue menait campagne pour la reconnaissance des droits individuels, ce qui était assez vendeur mais aussi pour les droits collectifs y compris le droit à l’autodétermination du Québec, ce qui l’était moins, et pour l’adoption par le Québec d’une Charte des droits et libertés. Quelques années plus tard, je serai nommé commissaire et administrateur de la Charte par le gouvernement Lévesque.
Plus avant encore dans le temps, je me souviens d’un entretien sollicité et obtenu avec le Chef du Parti Québécois pour une chronique que je tenais alors dans la revue Actualité. Revenant d’une tournée du Québec, il m’avait reçu dans son petit bureau de la rue Christophe-Colomb et baladé verbalement de Gaspé à Val d’Or, du Lac Saint-Jean à Saint-Georges de Beauce. Pour le néophyte que j’étais alors, ce moment fut à la fois une grande leçon de géographie, de politique et de journalisme. Le texte complet de l’entretien faisait 20 pages, la synthèse remise à la rédaction pour publication 5 ou 6 pages et le texte publié une page et demie. Une pratique barbare de la coupe que je retrouverai au Devoir.
Plus avant encore dans le temps, je me souviens de la venue de René Lévesque dans ma Beauce natale chez un oncle député fédéral indépendant. Le Docteur Raoul Poulin. Dans le parlement fédéral contrôlé alors par le vieux lion des Prairies, ce fier Beauceron formait avec deux ou trois autres collègues indépendants un Bloc québécois avant la lettre et, mon cher Graham Fraser, il désespérait comme vous de voir le gouvernement fédéral respecter les langues de ses deux peuples fondateurs comme on disait alors, les langues officielles comme on disait hier encore avant la nomination de titulaires unilingues aux fonctions de Directeur des communications au Bureau du Premier ministre, de Vérificateur général du Canada et de juge à la Cour Suprême. Dans le petit village de Saint-Martin de Beauce, la venue de René Chaloux, de Jean Drapeau ou de René Lévesque constituait des évènements considérables et donnait lieu à de vastes supputations pré-péquistes qu’emportait la débâcle annuelle de la rivière Chaudière.
Ma relation avec René Lévesque changea de nature entre1981 et1986. Nommé Directeur du Devoir, je devais commenter les actualités du temps et, en priorité celles du Québec dont le gouvernement était alors dirigé par monsieur Lévesque. Nos contacts étaient rares, précis et non dépourvus de cordialité sauf quand il exigeait avec insistance et parfois avec raison un redressement et confondait le texte faisant problème et son ou sa signataire. « Ce n’est pas digne du Devoir - Un journal comme le Devoir ne peut pas descendre aussi bas » Et vlan! Une collègue en particulier lui tapait sur les nerfs et je vous épargne les qualificatifs puisés dans son vaste vocabulaire pour moquer sa brillance éphémère et son piètre sens politique, au jugement du premier ministre du temps.
Post-référendaire, la période était chargée comme aucune autre y compris celle assez tragiquement rocambolesque que nous vivons présentement. Elle était remplie d’incroyables contrastes : la parade des vainqueurs incarnés par Trudeau et Chrétien, la main tendue de Mulroney utilisant les mots que lui prêtait Lucien Bouchard, pour un temps, et la réponse de René Lévesque, la seule possible dans la conjoncture mais qui fit éclater son parti; l’alliance des provinces avec le Québec suivi du glacial isolement du gouvernement québécois; le rapatriement de la Constitution et le surplace insupportable et obligé de l’Assemblée nationale; la profonde crise économique obligeant le gouvernement Lévesque à frapper ses alliés naturels et, au Parti Québécois, une incessante guérilla de concepts, de propositions et à d’accession à l’infaillibilité â selon la forte expression de René Lévesque heurté par une telle frénésie plongeant avec régularité la première force politique du Québec et le gouvernement dans l’acide. à Un climat d’étuve â, écrira René Lévesque. Les caribous se précipitant dans les eaux de la Caniapiscau et les kangourous dissimulant dans leur poche ventrale ce qu’ils ont présumément de plus cher. Même la crise actuelle du PQ, qui est virale, n’a pas encore emprunté au vocabulaire du zoo de Granby.
Clairement, le temps de la rupture était venu, celui de la reconstruction engagé, mais à les secousses des derniers mois avaient laissé des fissures que rien ni personne ne pourrait plus réparer. â Sur ces mots, René Lévesque change de chapitre et donne au suivant le titre de l’un de mes éditoriaux : à La grande fatigue de M. Lévesque â.
Durant cette période, je signerai un grand nombre de textes consacrés au premier ministre, à ses politiques et aux crises qui assaillaient alors la société québécoise. Aussi aux évènements extraordinaires du PQ devenu une sorte de volcan en éruption permanente. Puis vint, selon le mot de René Lévesque " le temps du détachement ".
Des années plus tard, je le reçois à la délégation du Québec à Paris. Il n’est plus chef de gouvernement. Au MRI, certains s’inquiètent du traitement que je lui réserve. On me bombarde d’instructions exigeant que nous adoptions une posture plus modérée. Dans l’intervalle, je communique avec le premier ministre Bourassa pour autre chose et, à la fin de notre conversation, je lui dis que le MRI me faisait quelques misères concernant la venue de René Lévesque. Il veut des noms bien sûr et conclue comme suit : à Recevez-le comme vous me recevez!â Au diner, je fais le mot de circonstance et cite abondamment un de mes éditoriaux particulièrement louangeur pour mon invité principal. Alors René Lévesque se lève à son tour et, avec son humour unique, me met au défi de citer un autre, un seul autre éditorial aussi favorable. L’homme était manifestement heureux. Il était à nouveau journaliste et préparait une grande série sur la Francophonie. Nous avons alors longuement débattu du mouvement qu’il enveloppait d’une affection certaine et d’un doute méthodique non moins certain.
Une vision de la politique
J’ai longtemps hésité entre quelques expressions fortes offertes par Martine Tremblay dans son très beau livre Derrière les portes closes et une expression de Corinne Côté- Lévesque dans sa présentation de Attendez que je me rappelle pour qualifier l’œuvre considérable de René Lévesque. J’ai finalement choisi ces mots simples de son épouse : à Il ne faisait pas de la politique, il avait une vision de la politique. â En effet, René Lévesque appartient à cette confrérie peu nombreuse de politiques qui, dans l’histoire propre du Québec, ont eu une vision de la politique. Ceux-là ont imaginé à la fois la dimension exaltante du destin commun possible, et celle, tragique, des limites de son accomplissement. René Lévesque a été le porteur à d’exigences plus profondes â, selon l’expression de Thomas Sloan, expression que reprend justement Martine Tremblay.
Comment partager ces exigences plus profondes pour qu’elles ne restent pas méditations personnelles ou sèches propositions programmatiques? Comment les transposer dans la sphère publique, les montrer au grand jour et les offrir en partage sans les trahir et sans se trahir? Les prises de parole innombrables et les écrits de René Lévesque sont indissociables de cette nécessité et de cette impossibilité. Sa liberté aussi, y compris face au Parti et à ses autres créations qui n’ont jamais eu priorité sur ses exigences plus profondes. En matière de droits, de liberté et de valeurs démocratiques, il se méfiait des trouvailles du siècle et leur préférait les trouvailles venus des siècles.
Si son grand dessein de redéfinir la place du Québec par rapport au Canada et au monde n’a pas abouti, sa vision éthique des institutions, sa farouche défense des valeurs démocratiques, son souci d’équité sociale et d’affirmation économique ont durablement marqué l’éthos québécois. Ces convictions et les politiques qui les incarnent sont au cœur de la Révolution tranquille qui est aussi l’œuvre qu’il a accomplie avec quelques autres. Ces convictions et ces politiques ont aussi marqué la société québécoise durant sa décennie au pouvoir. Mais entre les deux périodes, celle de la Révolution tranquille et celle du régime Lévesque, la différence est de nature. En 1960, la classe politique a répondu à un profond désir et besoin de changement qui avait longuement mariné dans l’après-guerre et qui rejoignait un nombre sans cesse croissant de Québécois. Le mouvement allait des citoyens vers le et la politique. En 1970, le mouvement allait du politique vers les citoyens, qu’il fallait animer du désir et convaincre du besoin de changement.
Certes resitué dans le temps long, il n’est pas illégitime de poser la question de la pertinence de l’option qui fut au cœur de l’engagement de René Lévesque d’autant qu’elle était plus nuancée, plus enracinée dans la durée historique du Québec que certains ont bien voulu le reconnaître. Cet homme du changement aimait aussi les continuités. Que serait devenu le Québec si René Lévesque était resté au parti libéral, et que serait devenu le fédéralisme canadien? Que serait devenu le Québec sans les référendums successifs et Trudeau sans sa victoire de 1980? Dans le temps long qui n’est pas encore complètement accompli, quel bilan provisoire – actif et passif – démographique, économique et politique – peut-on faire de l’inclusion dans la politique québécoise et canadienne de l’option de la souveraineté à la fois comme stratégie politique et comme programme politique? Finalement, il faudra bien se demander à qui a profité ce choix et l’échec qui l’a suivi.
La parole
L’une de nos séances portera sur l’homme de la parole que fut éminemment René Lévesque. Dans nos mémoires, certainement dans la mienne, René Lévesque se présente comme un saltimbanque des mots. Il les étend dans des phrases pliées et dépliées comme des vagues qui se superposent plus qu’elles se succèdent. La langue française est comme réinventée en permanence par ces éclipses, ces incisives, ces énumérations qu’ils multiplient comme un artisan à la recherche de la forme définitive. Il vient manifestement du temps immémorial de la parole... et de ses premiers prolongements technologiques, l’imprimerie, le télégramme, le fax, le téléphone et la radio... d’un temps oå les images étaient rares autant qu’elles sont devenues insupportablement surabondantes. Sa gestuelle unique est aussi de ce temps. Accompagner et illustrer la parole avec le corps, les bras, les yeux et les mimiques. Ce monde sans image sinon longuement construite par les peintres, les graveurs, le cinéma naissant et les premiers photographes nous est lointain et peut-être incompréhensible. Mais un monde sans image est un monde de la parole.
Quelque chose en René Lévesque s’est irrévocablement fixé dans cette période... en écoutant récemment ou en me remémorant certaines de ses interventions, j’ai eu la forte impression que, dans son cas, la parole précède toujours l’image. Il ne commente pas les images, il commente les réalités. Mais il se les annexe, en quelque sorte, comme un élément de preuve, comme une extension de la démonstration, une pince venant conforter une plaidoirie. Pure impression peut-être, mais en l’écoutant, j’avais le sentiment que pour lui la parole est première et qu’elle précède toujours l’image, que, dans son cas si singulier, elle est l’image. Dans certains moments forts de sa vie publique, cette symbiose a fait l’histoire. Le jour de la démission d’une quasi-moitié de son conseil des ministres, il se lève à l’Assemblée pour répondre à la question suivante de Gérard D. Lévesque : à Monsieur le premier ministre, avez-vous toujours un ministre des Finances, un ministre de l’Éducation, un ministre de la Science, un ministre de etc. â. René Lévesque pointe d’abord les bancs vides qui l’entourent et comme pour habiller son geste, il répond : à Monsieur le président, je ne sais pas â. Je tiens aussi sa gestuelle et ses mots, le soir du référendum de 1980, comme l’un de ses moments synthèses.
L’écrit
Notre première séance portera sur René Lévesque, homme de l’écrit. Outre ses ouvrages, ses collaborateurs nous disent qu’il écrivait lui-même tous ses discours et improvisait finalement assez peu. Des milliers d’heures sans doute dans sa vie. Impression strictement personnelle, j’ai eu le sentiment en relisant ses ouvrages d’une parole écrite qui attend une réponse, bref le curieux sentiment de l’entendre en le lisant, de le voir jongler avec les mots mis en ordre de marche, de faire parler ses silences et de préparer des chutes rarement convenues. Miron disait que l’écriture était pour lui un moyen d’action et non une activité à part. Pour René Lévesque, sa prose en est une de convictions et d’actions aussi. Elle est un outil politique et il en connaît la portée, l’utilisation aussi qu’on peut en faire contre lui, d’oå sans doute l’extrême attention qu’il portait à ses interventions écrites, pour des raisons politiques mais aussi pour le respect qu’il avait pour sa fonction de chef de gouvernement. Vieux réflexe sans doute hérité des normes qu’il s’imposait déjà à la télévision de Radio-Canada du temps oå journaliste, il évoquait ce qui fut et advint, normes qu’il transposa dans sa fonction politique dédiée à ce qui doit advenir.
« Savez-vous écrire? » lui demanda un jour Trudeau «sur ce ton baveux qu’il affectionnait? » dixit René Lévesque. « J’ai de vieux copains, écrira-t-il dans ses quasi- mémoires, qui prétendent que j’écris encore plus mal que je ne parle, même quand je parle bien...». Le savoir écrire, me semble-t-il, fascinait et dominait l’intellect de cet être que l’on disait brouillon sauf pour ses interventions écrites qui répondent à une architecture textuelle construite, travaillée et efficace. Martine Tremblay le montre griffonnant quelques phrases avant ses interventions publiques ou planchant avec intensité sur des textes plus conséquents à jusqu’à ce qu’il trouve le ton et le degré de nuances désirées, le mot ou l’expression juste. Exigences personnelles sans doute! Mais aussi esprit d’une époque, effet d’une culture valorisant l’écrit travaillé et retravaillé. Gérard Pelletier, Claude Ryan, André Laurendeau, Jacques-Yvan Morin et bien d’autres encore appartiennent à ce temps.
René Lévesque est aussi de la 1ère génération de l’image télévisuelle qu’il apprivoise, utilise et maîtrise avant que sa profusion, tel un tsunami permanent, déferle sur et dans les esprits. La télévision que René Lévesque a connue et animée avant de dire « oui » à Jean Lesage et à Georges-êmile Lapalme nous est lointaine et en partie inconnue.
Artisanale, volontariste, directe, elle faisait alors appel aux talents, aux compétences, à la culture et au travail des journalistes. Elle n’a rien à voir avec ce fleuve de commentaires et d’improvisations, cette lecture assommante et accommodante de communiqués qui déferlent sur nos écrans en permanence. Elle n’a rien à voir non plus avec le traitement fait aujourd’hui aux journalistes auxquels on demande de parler avec autorité, et dans la même heure, du besoin de dévaluation de la devise chinoise, de la grossesse de Carla Bruni, de la régression royaliste du Dominion du Canada, de la guerre au Sud-Soudan, de l’effondrement appréhendé du Pont Champlain et du dernier spectacle du Cirque du Soleil consacré à Michael Jackson. En boucle s’il vous plaît, deux fois, trois fois et davantage. On s’ennuie souvent du à No comment à d’Euronews. La Fédération des journalistes professionnels du Québec devrait se battre contre cette imposture et exiger plus de respect pour ses membres et pour leur public et notamment de la part de la télévision publique. A moins de croire qu’il n’y a pas d’autre monde possible. Ce qui n’est pas vrai.
Avec son tableau, sa cigarette, sa fréquentation du monde, sa culture politique, son intelligence cumulative, sa curiosité intellectuelle, ses mots de tous les jours, sa discipline, René Lévesque avait besoin lui d’une bonne heure pour expliquer la guerre conduite par la France en Algérie. ë l’époque, il semble que la direction de Radio- Canada comprenait ce besoin! Mais je m’aventure ici un peu trop sur un terrain qui sera éclairé pour nous par Marc Laurendeau.
Conclusion
Au-delà de ces fleuves de mots dits et des mots écrits par René Lévesque, ce qui importe est de l’ordre de la signification. Ce discours sur l’émancipation de la nation et subséquemment sur la « souverainété constamment élargie de l’homme et de la femme d’ici... des créateurs et des entreprises d’ici » n’est pas un simple discours. Il constitue une ardente obligation.
«Quelle forme prendra cet État-nation que nous croyons si proche et indispensable », se demandait René Lévesque en 1985? Je ne le sais pas plus que quiconque, se répondait-il à lui-même sinon que seul le peuple du Québec décide. Tout le reste est politique de l’imaginaire ou de l’abstraction selon les mots de granit de Pierre Vadeboncoeur.
L’homme dont la parole et les écrits nous rassemblent aujourd’hui nous a laissé un enseignement essentiel : le Québec est responsable de son destin et personne d’autre que les Québécois ne le réalisera à leur place. Mais il faudra que cette minorité-majorité se convainque à nouveau du besoin de sa cohésion et, sur quelques questions essentielles, de consensus qui sort des guérillas actuelles quelques domaines constitutifs oå nous disposons toujours d’avantages comparatifs qu’il nous faut absolument conserver; que nous nous dotions d’une politique de la population qui inclut une révision radicale du traitement que nous réservons aux immigrants et qui constitue un échec redoutable au point oå le chef d’un nouveau parti se permet de proposer que nous réduisions de 50% leur nombre déjà faible quand il faudrait le doubler; que nous soyons aussi obsédés par la déscolarisation des enfants du Québec, ce drame absolu et que nous corrigions une situation humainement, socialement et économiquement porteuse de limitations infinies.
Mais comment dissoudre la complaisance qui nous ronge? Comment élever le débat public et donner à nouveau crédit et légitimité à l’espace public et à nos institutions publiques sans lesquelles le Québec s’atomise, se ringardise et « s’humorise »?
Telles sont quelques-unes des interrogations que ma fréquentation récente des mots et des écrits de René Lévesque a fait émerger dans mon esprit. Il déborde peut-être le cadre de notre rencontre mais si peu dans la mesure oå tous ces mots et ces écrits convergent vers une idée simple : une autre perspective est possible.
Je vous remercie.
Jean-Louis Roy, Montréal








